3 avril 2019

Astrologie et astronomie dans Harry Potter - Partie 3 : Astronomie dans Harry Potter

Astronomy Tower par Alkanet

Bonjour à tous et à toute ! Après des introductions à l'astronomie, l'astrologie et la zététique, rentrons dans le vif du sujet, je parle bien sûr d'Harry Potter. Aujourd'hui avec Serge d'Astroscept, abordons le thème de l'astronomie à l'école des sorciers.



Si on se place dans l’univers d’Harry Potter, un univers magique et imaginaire prenant part dans notre monde, comment est présentée l’astronomie ?

Pour qui est passionné d’astronomie, la présentation de cette discipline dans la saga Harry Potter est un peu déroutante. Contrairement à l’astrologie, les passages qui lui sont consacrés sur sept tomes sont d’ailleurs plutôt rares : on demande d’acheter un télescope dans les fournitures scolaires du tout début du premier ouvrage et puis, presque rien d’autre dans les quatre premiers tomes de la série. C’est dans le cinquième que nous avons un peu plus de contenu sur la manière dont l’astronomie est enseignée à Poudlard (l’école des sorciers d’Angleterre), notamment à la fin de l’année scolaire. En effet, nous sommes alors en période d’examens et un événement dramatique va se produire pendant l’épreuve pratique d’astronomie ! Mais nous verrons plus loin que JK Rowling a choisi aussi de s’inspirer des étoiles et de certaines constellations pour nommer la plupart des membres de la famille Black.

A Poudlard, les cours d’astronomie ont lieu la nuit dans la tour d’astronomie, ils sont donnés par une professeure aussi sinistre que son patronyme dans la version française : Sinistra, toujours vêtue de noir. On y apprend par cœur des listes de noms : les planètes et leurs satellites, les constellations et leurs étoiles. En première année, Harry apprend à partir d’une « carte de Jupiter » les noms de ses satellites et, en cinquième année, il a un long devoir à rendre sur « les nombreuses lunes de Jupiter ». Hermione corrige les fautes de Harry et Ron : c’est Ganymède qui est la plus grande lune de Jupiter, Io celle dont la surface est couverte de volcans et Europe celle qui est couverte de glace.

Tour d'astronomie - extrait film Harry Potter

Mais jamais JK ne nous laisse penser qu’on y présente l’histoire de l’astronomie, ses formidables hypothèses et découvertes ou les questionnements même métaphysiques qu’elles peuvent provoquer. Aucun sorcier, par exemple, ne semble avoir eu l’idée d’aller vérifier par lui-même ce qu’il y a à la surface de telle ou telle planète, on peut le regretter ;-) . Le ciel semble être connu et se limiter à un spectacle que l’on observe depuis la Terre, jamais il n’y a de physique de l’astronomie. Or, l’astronomie sans physique, comme on l’a décrit dans la seconde partie de ce dossier, c’est l’astronomie pré-copernicienne, telle qu’elle était conçue dans l’Antiquité. C’est une astronomie sans causalité et sans présentation de la démarche scientifique qui, pourtant, permet de connaître le ciel au-delà des apparences, fussent-elles celles rendues par un télescope.

Elle explique d’ailleurs sur le site Pottermore que :

« L’étude astronomique par le monde sorcier était remarquablement similaire à l’étude moldue de l’astronomie : essentiellement, l’utilisation de télescopes pour faire la chronique des étoiles et le mouvement des planètes. Et son travail, confié par le professeur Sinistra, consistait à apprendre le nom des étoiles, des planètes et des lunes et à compléter les cases d'étoiles vierges dans des tableaux. Encore une fois, tout comme l'astronomie moldue. La seule différence, bien sûr, est ce que les sorciers savent que les Moldus ne savent pas. Par exemple, les sorciers connaissent-ils des planètes non découvertes par la science? Connaissent-ils la magie au-delà des étoiles? Ou vie extraterrestre, d'ailleurs ... »

Même si nous ne prenons pas le texte de JK Rowling au premier degré, il est bien difficile de ne pas retourner la question : qu’est-ce que les sorciers ne savent pas que les Moldus ont découvert…

Aurora Sinistra par La-petit-Marianna

Avec les connaissances et outils des années 90, peut-on être sceptique de la véracité de l’astronomie d’Harry Potter ?

Il est vrai que, depuis les années 90, l’imagerie des corps du système solaire s’est fortement enrichie grâce à l’envoi de multiples sondes spatiales et autres robots explorateurs. Il en est de même pour les corps de l’univers qui se situent bien au-delà du système solaire, car les évolutions techniques ont été énormes (télescope spatial ou interférométrie entre groupes de télescopes). Mais ce que décrit JK Rowling dans ses ouvrages n’est pas concerné par ces évolutions récentes. De plus, tous les livres d’initiation à l’astronomie évoquent au moins l’histoire de la discipline et les raisons physiques qui rendent compte du fonctionnement du système solaire. Cela n’apparaît pas dans les cours de Poudlard. Pourtant, l’explication physique des marées par les attractions cumulées de la Terre et du Soleil est passionnante, l’architecture du système solaire et de notre galaxie, la Voie Lactée, le sont aussi.

Et que dire des paradoxes découlant simplement de la vitesse de la lumière qui, limitée, met plusieurs minutes pour nous arriver simplement des planètes de notre système solaire ? Si vous observez par exemple Jupiter et Mars lorsqu’elles sont proches l’une de l’autre sur la voûte céleste, cela signifie que vous les voyez telles qu’elles étaient il y a à peu près 15 minutes pour l’une (Mars) et 35 minutes pour l’autre (Jupiter) ! De la même manière, en voyant deux étoiles du ciel telles qu’elles étaient en fait il y a moins de dix ans pour l’une et il y a plus de mille ans pour l’autre !

La voûte céleste que nous percevons est, en fait, une mosaïque de points dont la lumière a été émise à des moments très différents dans notre passé. Notre cerveau crée de toutes pièces une image à partir de perceptions identiques à ce que donneraient effectivement des étoiles qui composeraient un objet / groupe autour de nous. Mais ce n’est pas le cas. Ces problématiques découlent "du cerveau dans la boite" crânienne : nous n’avons pas accès directement à l’extérieur de nous-mêmes en tant que cerveau mais par l’intermédiaire des câbles nous reliant aux organes qui, eux, peuvent accéder à notre environnement. Et ces problématiques sont fondamentales quand on s’intéresse à la zététique, au scepticisme scientifique qui prend du recul, par exemple, par rapport aux évidences et pièges de l’intuition. Donc ses erreurs.

Les paradoxes comme celui que je viens de décrire sont légions en astronomie (on en parle encore dans cette vidéo récente d’une chaîne Youtube d’astronomie) et c’est ce qui la rend si belle et si fascinante. Il me semble important, dans le cadre d’une approche pédagogique, de jouer sur ces composantes ludiques qui créent même, parfois, des vocations ! Elles sont totalement absentes des aventures de Harry Potter où on trouve, au contraire, des erreurs, notamment dans l’épreuve de cinquième année.

Professeur Sinistra - Extrait film Harry Potter

Selon vous, quelles erreurs J.K. Rowling fait-elle au cours de l’examen d’astronomie ?

L’examen d’astronomie de la cinquième année de Poudlard se déroule en deux temps. Une épreuve théorique a lieu de jour (on demande par exemple aux élèves de donner les noms des lunes de Jupiter) puis l’épreuve pratique a lieu en soirée, une fois la nuit venue. Les élèves doivent alors, façon géographie céleste, remplir une carte du ciel pré-imprimée du jour en y plaçant la lune et les planètes visibles ce soir-là. Cinq années de cours pour en arriver là, c’est déjà étonnant en soi.

JK Rowling ne donne pas explicitement les questions de l’examen, ce sont les réactions de Harry qui nous permettent de comprendre ce qui lui est demandé, et c’est assez surprenant. Pendant l’examen d’astronomie, Harry et les autres élèves présents vont assister malgré eux à un affrontement qui a lieu au pied de la tour : on vient arrêter Hagrid ! Mais le surveillant de l’épreuve ne l’entend pas de cette oreille et pousse les élèves à rester concentrés. Pris par l’émotion, Harry oublie ce qu’il vient tout juste d’observer ou se trompe dans des réponses qu’il est obligé de corriger. C’est là que nous le voyons utiliser son télescope « pour noter la position de la Lune », mais aussi celle de Vénus : ceci est bien étrange car tant la Lune que Vénus sont généralement visibles à l’œil nu. JK Rowling avait-elle déjà utilisé un télescope ?

On pourrait penser sinon que, juste après la nouvelle lune, la Lune est encore invisible à l’œil nu, mais non : il est indiqué ailleurs dans ce chapitre que le clair de lune permet d’assister aux détails de la scène qui se déroule au pied de la tour. On serait donc plus près de la pleine lune et pas besoin de télescope, donc, pour « noter la position de la Lune ». Pour Vénus, il est possible d’envisager que le télescope donne accès à ses phases, puisque cette planète nous présente les mêmes phases que la Lune au cours de son parcours autour du Soleil. Mais JK Rowling ne mentionne nullement cela.

A moins que la planète se trouve, pendant toute la durée de l’examen, sur le point de se coucher près de l’horizon, ce pourquoi on ne la verrait pas à l’œil nu (à cause du clair de lune, aussi) ? Cette hypothèse pose deux problèmes : il faudrait déjà que Vénus décelable pendant toute la durée de l’épreuve, soit au moins une heure trente (d’après le texte). Ce n’est pas possible et cela désavantagerait les élèves qui s’y prendraient en fin d’épreuve car la Terre tourne vite sur elle-même.

De plus, au-delà du fait que cela paraît déjà un peu trop technique pour quelques mots dans un livre qui n’apportent absolument rien à l’intrigue générale, il se trouve aussi que Poudlard se situe dans une région montagneuse. Or, la zone proche de la ligne d’horizon n’est tout simplement pas visible dans de telles régions.

L’explication la plus simple est donc que JK Rowling a envisagé que le télescope permet littéralement de « noter la position » de la Lune et de Vénus alors que celles-ci ne le nécessitent pas. Le télescope aurait par contre été bien utile si on avait demandé aux élèves d’observer les quatre principaux satellites de Jupiter en donnant leurs positions du jour par rapport à la planète. Comme le fit Galilée vers 1610.

Milo and Eric - Wand VS potions par Alkanet

A partir d’ici, cher Loan, il faut que je vous remercie pour vos questions car elles me donnent l’occasion de faire un peu de zététique de terrain, et même un peu d’autocritique. Lors de la conférence à laquelle vous avez assisté, j’ai expliqué que JK Rowling demandait à ses élèves d’utiliser leurs télescopes pour retrouver une constellation et j’ai qualifié cela d’erreur de débutant. En effet, cela équivaut à « chercher » un arbre à l’aide d’un microscope. Afin d’être précis dans mes réponses à vos questions, je suis allé revérifier la chose dans le texte et… ne l’ai pas retrouvée ! A aucun moment JK Rowling ne fait dire à Harry Potter qu’il doit retrouver une constellation à l’aide de son télescope. Je me suis donc trompé. En zététique, la vérification des sources est fondamentale, pour plusieurs raisons, dont les erreurs commises de mémoire (faux souvenirs). Je pense que c’est ce qui m’est arrivé ici. J’aurais bien sûr dû aller tout revérifier mais j’imagine que, après des semaines de recherches dans le texte, cela me sortait un peu par les yeux.

La zététique c’est aussi être précis dans le maniement des sources auxquelles on se réfère, au risque même (la preuve) de se désavouer soi-même. L’erreur est humaine et il est toujours bénéfique d’en comprendre les mécanismes ou les raisons afin de reconnaître le contexte quand elle essayera de repointer le bout de son nez !

Tant que j’y suis, il me faut avouer une autre erreur que j’ai découverte de la même manière : les cours d’astronomie ne se déroulent pas seulement en cinquième année, d’où mon étonnement alors que le télescope se trouve déjà dans les fournitures scolaires de la première année. On lit dans le premier tome (donc en première année) que « Chaque mercredi soir, ils observaient le ciel au télescope et apprenaient les noms des étoiles ainsi que le mouvement des planètes ». A la fin de la troisième année est mentionné aussi, à minuit, un examen d’astronomie… Mea culpa, again !

Je terminerai la question des erreurs astronomiques dans Harry Potter par une autre nouveauté par rapport à ma conférence. Afin de tout revérifier, je suis allé voir si la constellation d’Orion, mentionnée lors de l’examen nocturne de cinquième année, est bien visible à la fin de l’année scolaire (juin). Pas de chance pour JK Rowling, c’est un moment de l’année où, justement, elle est invisible parce que le Soleil est en train de passer à proximité (dans les constellations du Taureau et des Gémeaux)… Mais bon, cela n’a vraiment aucune incidence sur l’intrigue.


Mais, en dehors de la pratique des élèves, J.K. Rowling fait-elle des références à l’astronomie dans Harry Potter ?

Absolument ! On ne sait pas pourquoi mais JK Rowling a choisi plusieurs des prénoms de la famille Black en référence à certaines étoiles. Sirius Black, par exemple, est le parrain de Harry Potter, l’un des principaux personnages de l’histoire, mais aussi un animagus. Il a le pouvoir de se transformer en un gros chien noir. Or Sirius est le nom d’une étoile qui a la particularité d’être l’étoile principale de la constellation… du Grand Chien. Joli clin d’œil !

@Astroscept

Et comment s’appelle son père ? Orion, comme la constellation qui se situe juste à côté… du Grand Chien. Mais la terrible Bellatrix Lestrange est un autre personnage récurrent de la série et aussi la cousine de Sirius. Il se trouve que « Bellatrix » est le nom d’une étoile géante bleue, se traduit en latin par « la guerrière » et est surtout l'une des étoiles principales de la constellation… d’Orion ! Il faut noter enfin que le frère de Sirius a pour prénom Régulus-Arcturus, ce qui renvoie aux étoiles les plus brillantes des constellations du Lion et du Bouvier. La famille Black a-t-elle été dénommée ainsi à cause seulement de la noirceur de ses idées fascistes dénoncées tout au long de la série ? Ou bien faut-il envisager une référence à la voûte céleste nécessairement sombre quand on observe les constellations ? Question sans réponse à ce jour.

Au hasard des pages, on peut noter aussi que le mot de passe des Gryffondor fut un temps « Caput draconis » (la tête du dragon) qui n’est autre que / le nœud nord de l’orbite lunaire. Sinistra, le nom du professeur d’astronomie, est celui d’une étoile de la constellation du Serpentaire. Enfin, le centaure Firenze, qui observe les étoiles pour tenter de prévoir l’avenir des hommes, porte le nom de la ville de Florence qui vit naître Galilée, le célèbre astronome qui découvrit tant de choses en levant sa lunette astronomique vers le ciel. Coïncidence ?



Et voici que se clôture notre partie sur l'astronomie dans Harry Potter. Mais comme d'habitude, Serge vous propose bien plus de détails orienté sur la zététique. On me dit dans l'oreil qu'il décrit dans son article plus en détail le paradoxe découlant de la vitesse de la lumière ainsi que les raisons de son erreur. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et je vous dis à samedi pour parler d'astrologie !

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