30 mars 2019

Astrologie et astronomie dans Harry Potter - Partie 2 : Introduction à l'astronomie et l'astrologie

Illustration fanzine 7 par Louvive

Bonjour à tous et à toutes et bienvenue dans la suite de notre aventure autour de l'astronomie et l'astrologie dans Harry Potter en compagnie d'Astroscept. Dans l'article précédent, nous avions pu découvrir notre invité et la zététique. Aujourd'hui, avec Serge, voyons la différence entre l'astronomie et l'astrologie.



L’erreur est souvent faite entre astrologie et astronomie. En quoi consiste chaque discipline ? Comment sont-elles liées ?

Il me faudrait des dizaines de pages pour répondre précisément à ces questions, elles sont fondamentales. La meilleure voie pour cela est peut-être de bien voir en quoi l’astrologie et l’astronomie sont différentes et donc, contrairement aux apparences, pas du tout liées.
J’ai consacré une interview complète à cette question, d’ailleurs, pour l’émission « L’heure du doute » (Astronomie vs astrologie). Afin d’accéder directement aux contenus, le plan de l’intervention est donné dans la description de la vidéo.

Dans ce cas Serge, voyons-les séparément et commençons par l'astronomie. En quoi consiste-t-elle ?

L’astronomie ne consiste plus seulement, comme cela a été un peu le cas pendant 3500 ans, à noter et calculer les mouvements des astres dans le ciel dans le but de les comprendre puis de les prévoir. Nous y avons largement réussi peu après avoir posé l’hypothèse selon laquelle c’est le Soleil qui est au contre de notre système planétaire et non la Terre.

Kepler a d’abord montré dans son deuxième ouvrage d’astronomie (1609 : « Astronomia Nova ou physique céleste ») que les mouvements des astres du système solaire étaient contraints par des lois mathématiques, et même physiques, démontrant que tous les Anciens s’étaient trompé jusque-là. Un tremblement de terre, en somme. Sinon que, Kepler joignant souvent à ses textes des prières pour Dieu et du contenu astrologique, son travail ne sera vraiment étudié qu’après sa mort ! Pour la première fois, on avait réussi à prévoir le passage de la planète Mercure devant le Soleil, ce qui attira donc l’attention sur ses découvertes.

Avant même de formuler ses lois, Kepler avait compris (en tout cas posé l’hypothèse) dès son premier ouvrage de jeunesse (« Mysterium Cosmographicum » : le mystère (ou le secret) des mouvements dans le cosmos), qu’une force émanait du Soleil en diminuant avec la distance. Cette force poussait les planètes au sens propre du terme. Une force dans l’espace ? Physique ? La négation des fondements de presque toute l’astronomie de l’époque !

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Pendant ce XVIIe siècle, Galilée a insisté sur l’importance des lois mathématiques pour comprendre le livre de la nature et, vers la fin du siècle, Newton a théorisé et généralisé cette force qui ne relie pas seulement les astres entre eux mais tous les corps de l’univers. C’est la force de gravitation et, contrairement à ce qu’imaginait Kepler, elle est attractive : tous les corps s’attirent entre eux selon leurs masses et leurs distances et s’ils ne s’entrechoquent pas systématiquement c’est parce que ce sont leurs vitesses initiales qui, dans certains cas, les en empêchent.

A partir de cette époque, l’astronomie s’est inexorablement rapprochée de ce qu’elle est aujourd’hui : une astro-physique. Autrement dit, le projet de l’astronomie actuelle n’est plus seulement de comprendre les causes des mouvements des corps du système solaire, dont elle sait maintenant rendre compte avec des précisions effarantes. Rendez-vous compte qu’on connait les positions du centre de gravité de la gigantesque Saturne avec une précision de… quelques mètres ! L’astronomie a tellement avancé qu’elle cherche maintenant à comprendre les structures mêmes de tous les corps bien au-delà de notre système solaire, à l’échelle de l’univers, de l’espace et du temps ! Modéliser aussi son histoire.

Or, développer des méthodes pour comprendre la nature des astres n’a jamais vraiment fait partie du projet astrologique. Il faut bien voir qu’avant le XVIIe siècle, astronomie et astrologie existaient dans un monde de connaissances où la nature des astres et les lois de la physique n’étaient pas accessibles. Donc contraignantes pour les systèmes de pensée. Ce en quoi la démarcation entre les deux disciplines était plus difficile qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Vous disiez qu'aujourd'hui l'astronomie et l'astrologie sont deux discipline bien distinctes. En quoi consiste du coup l'astrologie ?

Si l’astronomie consiste en l’étude des astres et du cosmos, l’astrologie consiste en un projet (idéal) d’étude de ce que les astres et le cosmos peuvent dire sur chaque être humain que nous sommes. Et uniquement, c’est-à-dire indépendamment de la nature des astres et du cosmos ou des dimensions en jeu.
Techniquement, la pratique astrologique se fait en deux temps. L’astrologue calcule tout d’abord les positions de différents astres et autres paramètres astronomiques à un moment t (enfin, c’est l’ordinateur qui le fait maintenant en une fraction de seconde). Ensuite, étant donné que chaque paramètre astronomique utilisé renvoie à un symbole, il va composer des interprétations astrologiques à partir des symboles en présence. Cela va lui permettre de formuler des relations nouvelles dont il va discuter avec son client dans l’optique de trouver des issues aux problèmes qu’il traverse.
Il faut donc bien voir deux choses et leur conséquence :
- Le calcul astronomique est indépendant de l’interprétation symbolique : les astronomes n’ont jamais validé les symbolismes qui sont attribués au ciel par les astrologues
- L’interprétation symbolique se fait APRES le calcul : elle n’est pas de nature astronomique mais relève, pour le praticien, de la créativité et de l’inspiration
- Conséquence : dans sa pratique, l’astrologue consacre littéralement une fraction de seconde au plan astronomique (calcul des positions) mais c’est l’ordinateur qui gère. Puis il consacre des heures au plan symbolique.

Autrement dit, l’astrologie n’est plus qu’une pratique symbolique. Les quelques mathématiques utilisées sont d’un niveau de collège, pas plus, on ne peut pas parler « d’astronomie » au sens propre du terme. Ainsi, le projet astrologique est beau, le projet astrologique est ancien, mais ce projet astrologique s’est inexorablement coupé du champ des connaissances depuis déjà plusieurs siècles.

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Pourquoi y a-t-il alors confusion entre astronomie et astrologie ?

Il y a plusieurs raisons à cela. Les contextes historiques font que les deux disciplines semblent avoir une origine et une histoire communes jusqu’au XVIIe siècle : on peut les confondre aujourd’hui parce qu’elles étaient littéralement confondues il y a encore quatre ou cinq siècles.

Mais l’astrologie a conservé aussi une terminologie (signes, constellations, astres, repérages astronomiques, etc.) qui renvoie à l’astronomie populaire d’observation. Ce sont là deux sources de confusion pour le grand-public parce qu’il connait mal l’astronomie et son histoire. Or, comme c’est le cas aussi de bien des astrologues, ils continuent de fait d’entretenir la confusion souvent sans s’en rendre compte. Ils sont persuadés de pratiquer (de près ou de loin), l’astronomie. Ce n’est pourtant pas le cas.
A cela, il faut ajouter que les astrologues ne maîtrisent pas la (contre-intuitive) méthode scientifique, ce qui est le cas aussi du grand-public. Ce dernier ne se rend pas compte quand un astrologue énonce des énormités à ce sujet, notamment quand il présente ses méthodes et quelques-uns de ses résultats. On pourrait étendre le développement sur cette question vers l'origines et l'histoire commune, la réalité du système astrologique ou méthode scientifique et astrologie) comme je l'ai fait sur Astroscept..


En appliquant un point de vue critique, pouvez-vous nous présenter le point de vue du zététicien sur l'astrologie ?


La connaissance du ciel a montré depuis des siècles que les constellations et les signes astrologiques ne sont pas des objets physiques, mais aussi que les symbolismes qui leurs sont associés sont totalement arbitraires, par exemple dans les analogies avec les saisons. A l’opposé de toutes les symboliques universelles, le Taureau est un signe féminin ! Le Verseau est, quant à lui, un signe d’hiver en Europe mais… un signe d’été en Australie et, pire… un signe d’autre chose entre les tropiques !

Il y a bien d’autres contradictions. Les interprétations via les symbolismes des signes astrologiques (et des constellations) sont donc faussées dès le départ mais le plus terrible est que les astrologues ne cherchent pas à dépasser ces paradoxes. Ils restent collectivement passifs, sourds et aveugles à ces problèmes. Dépasser les erreurs et les pièges de l’élaboration d’une connaissance c’est être plus exigeant, plus adulte aussi dans ses ambitions personnelles, professionnelles et même spirituelles. Dans sa pratique sociale, vise-t-on une connaissance ou une croyance ?

Toutes les lois physiques (gravitation, rayonnements, champs, etc.) sont en contradiction avec les fondements de l’astrologie, mais toutes les expérimentations échouent aussi dès lors qu’on essaye de tester les interprétations des astrologues professionnels en mettant de côté l’explication physique. L’astrologie, ça ne marche plus dès lors qu’on met en place un protocole rigoureux permettant d’éviter les biais d’interprétation relevant notamment de la lecture froide. C’est-à-dire de contenus à la base de ce que développent plus professionnellement les mentalistes.

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Pire, peut-être, est ce que j’appelle « la fécondité du faux », ce que les sceptiques internationaux mettent en avant depuis maintenant quelques dizaines d’années. Je présente la chose ici, en sept minutes (la fécondité du faux en astrologie) et cela consiste, non pas à pointer les échecs de l’astrologie mais au contraire certains succès étranges. Etranges car ils ne devraient pas être possibles !

Cette démarche, à l’inverse de l’approche naturelle de la connaissance, consiste à se demander si une partie de ces succès astrologiques ne seraient pas explicables par des mécanismes qui ne sont PAS astrologiques. Autrement dit, on attribuerait à l’astrologie des réussites qui, en fait, ne dépendent pas d’elle. Avec ce genre de questionnement qui retourne le cerveau, nous entrons dans le domaine des (contre-intuitifs) biais cognitifs et de la difficile remise en question des structures mêmes de nos connaissances.

L’argument culmine d’ailleurs avec la question de la date de naissance de Staline, ce que j’ai décrit lors d’une chronique radio. Pourquoi Staline ? Parce qu’en 2001, on s’est rendu compte en consultant les relevés de l’Eglise de Gori, où il né, que sa date de naissance officielle était erronée de plus d’un an. Drame pour les astrologues ! En effet, pendant PLUS d’un demi-siècle, les astrologues du monde entier, TOUS courants astrologiques confondus, ont utilisé cette date pour interpréter la personnalité et les grands moments de la vie de cette personnalité emblématique. Sans jamais se rendre compte qu’il y avait un problème : l’astrologue n’est pas armé pour déterminer quand il se trompe.

Pire, peut-être, est ce que j’appelle « la fécondité du faux », ce que les sceptiques internationaux mettent en avant depuis maintenant quelques dizaines d’années. Je présente la chose ici, en sept minutes (la fécondité du faux en astrologie) et cela consiste, non pas à pointer les échecs de l’astrologie mais au contraire certains succès étranges. Étranges, car ils ne devraient pas être possibles !



Nous venons de nous initier cette semaine grâce à Serge à l'astronomie, l'astrologie et la zététique. Une version un peu plus technique de nos échanges est disponible sur Astroscept et je vous invite à aller la consulter, elle est enrichissante.La semaine prochaine, nous appliquerons ces principes à Harry Potter. Sur ce, je vous souhaite un bon week-end et vous dit à mercredi !

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